Texte écrit pour l’exposition de Pascal Pillard « Ether d’exil », chez POS Art & Design, Paris, octobre 2016.

Avec les séries Ether d’exil, Quintessence et Résurgence, où la technique picturale est centrale, Pascal Pillard s’écarte quelque peu de sa pratique du dessin. Bien qu’abstraites au premier abord, ces trois séries laissent pourtant surgir courants marins et mouvements atmosphériques, où l’on devine que l’artiste poursuit le fil de son propos : se tenir au plus près de la matière originelle, disséquer ce lieu où, tour à tour, la vie germe et se défait.

Appartenant au registre des pratiques alchimiques, les titres retournent aux sources de l’ars picturae à l’époque où ésotérisme, art et science concourraient à une même quête de vérité. On y trouve, comme chez Léonard de Vinci, le désir d’épouser les rouleaux de nuages et la chevelure des ouragans. Dans ce cas, c’est le trait qui s’exprime et qui se fait subtil, exact, acéré, défiant les débordements de la matière. Mais ailleurs, celle-ci prend le dessus, et les masses colorées laissent se dessiner bouches d’ombre, ogres et passages furtifs de sorcières.

On peut s’interroger sur l’usage exclusif du bleu, décliné jusqu’au noir et blanc, un bleu tantôt électrique, tantôt apaisant, léger ou angoissant, dense jusqu’à l’extase ou jusqu’à l’asphyxie. C’est que le bleu permet le maniement d’une gamme entière de sentiments, et les ambiguïtés de la matière s’y jouent à l’envie. Les impressions numériques de fragments de peintures (de la série Quintessence) révèlent ainsi la morsure des couleurs les unes par les autres, comme par de l’acide, aussi bien que la douce diffusion lactée du blanc dans les profondeurs bleues. Cet ensemble de peintures et de photographies renoue avec les recherches de la Renaissance comme avec celles de l’abstraction lyrique de l’après-guerre : dans les deux cas, la question est celle-là même de la création, qu’il s’agisse d’art ou de cosmogénèse. L’une et l’autre se font écho car, ici, les différentes échelles de la vie et du cosmos se superposent. L’artiste y est chercheur et démiurge. Il assiste aux transformations de la matière, sous l’effet des forces vitales que lui-même a convoquées.

Texte à retrouver sur le site de l’artiste.
Pascal Pillard, « Ether d’exil », vue d’exposition, chez POS Art & Design, 2016.
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