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Nest, l’exposition de Tadashi Kawamata qui vient de s’achever à la galerie Kamel Mennour, est un très bon exemple des relations esthétiquement délicates qui existent entre la création contemporaine et l’espace de la galerie.
L’art contemporain, lorsqu’il n’est pas destiné à la contemplation (comme la peinture traditionnelle), n’a de sens, me semble-t-il, que s’il est étroitement tressé avec la vie et qu’il vient trouer le tissu de la réalité telle que nous la percevons d’habitude. Il peut alors ouvrir un champ de vision et de signification nouveau. Or, lorsque cet art est présenté dans un espace d’exposition (galerie ou musée), directement comme une pièce de collection, il court le risque d’y perdre  sa pertinence.  

Ainsi de l’œuvre de Tadashi Kawamata, artiste qui a commencé à se faire connaître dans les années 1980 par ces étonnantes cabanes, nids, ruches, pseudo-échafaudages, fausses palissades… Ces structures légères, sur l’origine et l’usage desquelles on pouvait s’interroger, si on levait le nez vers elles. Ces constructions délicates à situer dans la production humaine connue.

Le problème c’est que, dès lors que l’œuvre est à son tour connue et répertoriée, dès lors qu’elle est visuellement bien individualisée, elle perd de son pouvoir de trouble et d’effraction. En particulier lorsque l’artiste se met à créer à la demande d’institutions estampillées « création contemporaine », où le spectateur sait à l’avance quel genre d’objet il peut trouver.

 

Il faut alors que l’artiste parvienne à gérer ce moment délicat où son œuvre entre dans l’institution, afin qu’il la maintienne vivante malgré tout. En ce sens, Kawamata a eu quelques belles réussites. Ainsi à la Maréchalerie, à Versailles, où, à l’aide d’une accumulation de cagettes, l’artiste avait déployé d’étranges volutes  et creusé dans le bâtiment de Jules Hardouin-Mansart des cavernes qui évoquaient autant les grottes maniéristes que le Merzbau de Kurt Schwitters.

 

Malheureusement, j’ai été assez peu convaincue par son installation à la galerie Kamel Mennour. Rien de ce qui fait la poésie de son travail n’était ici présent, à savoir, notamment, la surprenante interaction entre la structure et le support sur lequel il se greffe, et la difficulté à identifier la nature et l’usage de cette structure. En revanche, on y trouvait des ingrédients par trop attendus : une adaptation molle à l’espace de la galerie, avec une occupation de l’espace jusqu’à l’envahissement que l’on a vue, en mieux, ailleurs (ICI ou  ) ; une forme en nid (ainsi que l’indique le titre) ou en cocon, qui n’engendre aucun étonnement. Et ce côté propret, aseptisé, parfaitement adapté aux magazines de décoration de luxe.
Hélas, c’est bien là l’un des écueils de l’exposition en galerie, surtout lorsqu’il s’agit d’une galerie de prestige comme celle-ci : la momification.
Images
(En une) Destroyed Church, 1987, bois. Documenta 8, Cassel, Allemagne.
Apartment Project « Tetra House N-3 W-26 », intervention in situ, bois (photo Shigeo Anzai).
Three Huts, 2010, installation in situ, bois, vue de l’exposition « Carton Workshop », 2010, Centre Pompidou, Paris (photo Charles Duprat).
Gandamaison, 2008, bois, vue de l’installation, La Maréchalerie, Centre d’art contemporain, Versailles.
2 vues d’expositionNest, 2017, bâtons, colle, dimensions variables.
Toutes les images: courtesy Tadashi Kawamata et galerie Kamel Mennour.
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