Francky Boy, 36 15 code, 1992. Acrylique sur toile, 162 x 130 cm. Courtesy de l’artiste et galerie Gratadou-Intuiti, Paris.

Il y a quelques temps, j’ai eu la chance de faire un petit texte de présentation pour l’exposition Francky Boy à la galerie Gratadou-Intuiti, qui exposait un ensemble d’œuvres anciennes (des années 1980) et récentes de l’artiste. Le travail de Francky Boy  (qui appartenait au groupe des « Musulmans fumants« ) se rattache au courant de la Figuration libre.  Il était d’ailleurs présent dans l’exposition « Libres Figurations – Années 80 » au Fonds Hélène et Edouard Leclerc, à Landernau, en 2017.

Comment être peintre dans les années 1980 – 1990 ? S’il y a quelques figures repérables (celles de la Figuration narrative), l’histoire de l’art en est plutôt à l’installation, à l’appropriation d’objets, aux héritiers de Marcel Duchamp. Ce n’est pourtant pas ce qui arrête Francky Boy.

Car la peinture est chez lui un mode d’expression spontané, absolument libre, qui consiste à s’emparer de tout sujet : personnages, scènes de rues, figures connues, emprunts à divers univers culturels. Dans une ambiance festive et colorée, coexistent sans hiérarchie des personnages et des scènes de tous ordres. Les plans s’accumulent, comme ils le peuvent, parfois avec une joyeuse bancalité.

La question, pour Francky Boy, est plutôt : comment faire sien le monde autour de soi ? La société, ses images, ses mythes ? Frachise du trait façon Street art, simplicité des formes, contrastes Pop entre les couleurs, procédés venus des arts graphiques, du cinéma : tout cela est une réponse instinctivement donnée au monde tel qu’il s’offre. Peu importe qu’il s’agisse de Mickey ou d’un général. Le monde et la peinture sont d’immenses terrains de jeu.

Les années passent et Francky Boy mûrit son travail. Sous les mêmes apparences (couleurs en aplat, silhouettes simplement cernées, plans accumulés), les compositions se densifient et le choix des sujets s’affine. On retrouve tout ce qui fait sa manière propre. Pourtant, désormais, au lieu de se contenter de répondre au monde et de jouer avec les références, le peintre assume pleinement son style et inscrit sa peinture dans l’histoire.

Notamment lorsqu’il reprend les compositions des maîtres. En se les appropriant, il les fait vivre dans un nouvel univers, comme on changerait de dimension ou de galaxie. Pourtant, il a beau y apposer son estampille propre (une girafe dans un avion, des couleurs vives et des formes excessivement simplifiées), il ne les désacralise pas. Au contraire, il les pousse autant qu’il le peut dans le domaine de la légèreté, de la distanciation joyeuse, de la récréation, jusqu’à ce qu’elles y gagnent une poésie singulièrement neuve.

Francky Boy, Roy, 2017. Acrylique sur toile, 61 x 50 cm. Courtesy de l’artiste et galerie Gratadou-Inuiti, Paris.
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